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Je caresse la mappemonde Jusqu'à ce que sous mes longs doigts Naissent des montagnes, des bois Et je me mouille en l'eau profonde Des fleuves, et je fonce avec eux Vers l'océan vertigineux Débordant de partout mes yeux Dans la fougue d'un autre monde Jules SUPERVIELLE Le temps de vivreDéjà la vie ardente incline vers le soir, Respire ta jeunesse, Le temps est court qui va de la vigne au pressoir, De l'aube au jour qui baisse.
Garde ton âme ouverte aux parfums d'alentour, Aux mouvements de l'onde, Aime l'effort, l'espoir, l'orgueil, aime l'amour, C'est la chose profonde ;
Combien s'en sont allés de tous les coeurs vivants Au séjour solitaire, Sans avoir bu le miel ni respiré le vent Des matins de la terre,
Combien s'en sont allés qui ce soir sont pareils Aux racines des ronces, Et qui n'ont pas goûté la vie où le soleil Se déploie et s'enfonce !
Ils n'ont pas répandu les essences et l'or Dont leurs mains étaient pleines, Les voici maintenant dans cette ombre où l'on dort Sans rêve et sans haleine.
- Toi, vis, sois innombrable à force de désirs, De frissons et d'extase, Penche sur les chemins, où l'homme doit servir, Ton âme comme un vase ;
Mêlée aux jeux des jours, presse contre ton sein La vie âpre et farouche ; Que la joie et l'amour chantent comme un essaim D'abeilles sur ta bouche.
Et puis regarde fuir, sans regret ni tourment, Les rives infidèles, Ayant donné ton coeur et ton consentement A la nuit éternelle... Anna de Noailles
La terre est bleue
La terre est bleue comme une orange Jamais une erreur les mots ne mentent pas Ils ne vous donnent plus à chanter Au tour des baisers de s'entendre Les fous et les amours Elle sa bouche d'alliance Tous les secrets tous les sourires Et quels vêtements d'indulgence À la croire toute nue.
Les guêpes fleurissent vert L'aube se passe autour du cou Un collier de fenêtres Des ailes couvrent les feuilles Tu as toutes les joies solaires Tout le soleil sur la terre Sur les chemins de ta beauté.
Oeil de sourd Faites mon portait. Il se modifiera pour remplir tous les vides. Faites mon portrait sans bruit, seul le silence, A moins que - s'il - sauf - excepté - Je ne vous entends pas.
Il s'agit, il ne s'agit plus. Je voudrais ressembler - Fâcheuse coïncidence, entre autres grandes affaires. Sans fatigue, têtes nouées Aux mains de mon activité.
Paul Eluard
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En sortant de l'école En sortant de l'école nous avons rencontré un grand chemin de fer qui nous a emmenés tout autour de la terre dans un wagon doré. Tout autour de la terre nous avons rencontré la mer qui se promenait avec tous ses coquillages ses îles parfumées et puis ses beaux naufrages et ses saumons fumés. Au-dessus de la mer nous avons rencontré la lune et les étoiles sur un bateau à voiles partant pour le Japon et les trois mousquetaires des cinq doigts de la main tournant la manivelle d'un petit sous-marin plongeant au fond des mers pour chercher des oursins. Revenant sur la terre nous avons rencontré sur la voie de chemin de fer une maison qui fuyait fuyait tout autour de la terre fuyait tout autour de la mer fuyait devant l'hiver qui voulait l'attraper. Mais nous sur notre chemin de fer on s'est mis à rouler rouler derrière l'hiver et on l'a écrasé et la maison s'est arrêtée et le printemps nous a salués. C'était lui le garde-barrière et il nous a bien remerciés et toutes les fleurs de toute la terre soudain se sont mises à pousser pousser à tort et à travers sur la voie de chemin de fer qui ne voulait plus avancer de peur de les abîmer. Alors on est revenu à pied à pied tout autour de la terre à pied tout autour de la mer tout autour du soleil de la lune et des étoiles A pied à cheval en voiture et en bateau à voiles. Jacques Prévert
Le bateau espagnol J'étais un grand bateau descendant la Garonne Farci de contrebande et bourré d'Espagnols Les gens qui regardaient saluaient la Madone Que j'avais accrochée en poupe et par le col Un jour je m'en irai très loin en Amérique Porter des tonnes d'or aux nègres du coton Je serai le bateau pensant et prophétique Et Bordeaux croulera sous mes vastes pontons Qu'il est long le chemin d'Amérique Qu'il est long le chemin de l'amour Le bonheur çà vient toujours après la peine T'en fais pas mon ami j' reviendrai Puisque les voyages forment la jeunesse T'en fais pas mon ami j' vieillirai Rassasié d'or ancien ployant sous les tropiques Un jour je reviendrai les voiles en avant Porteur de blés nouveaux avec mes coups de triques Tout seul mieux qu'un marin je violerai le vent Harnaché d'Espagnols remontant la Garonne Je rentrerai chez nous éclatant de lueurs Les gens s'écarteront saluant la Madone En poupe par le col et d'une autre couleur Qu'il est doux le chemin de l'Espagne Qu'il est doux le chemin du retour Le bonheur çà vient toujours après la peine T'en fais pas mon ami j' reviendrai Puisque les voyages forment la jeunesse J'te dirai mon ami à ton tour A ton tour … Léo Férré
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